Le lancement de la fameuse « TMP » est prévu pour l'été 2008. Mais les désaccords qui opposent les acteurs de l'audiovisuel à ceux des télécoms sont loin d'être réglés. En question : le modèle économique et le partage du gâteau.
Beaucoup de bruit pour rien... Trois ministres, le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel, les patrons des chaînes de télévision et des opérateurs mobiles étaient réunis hier matin à Bercy pour parler de la télévision sur téléphone mobile, dite « TMP » (télé mobile personnelle). A cette occasion, les arrêtés ministériels sur les technologies retenues ont bel et bien été signés. Mais la réunion n'a permis de régler aucune des questions en suspens : le service sera-t-il gratuit ou payant ? Et, surtout, qui financera le réseau ? Au moins dispose-t-on désormais d'une esquisse de calendrier.
Le CSA a confirmé le lancement d'un appel à candidatures fin octobre. Elles devront être déposées en décembre 2007 ou janvier 2008, puis le CSA attribuera les fréquences à l'été 2008. Objectif : tenir le calendrier fixé par Christine Lagarde, qui a dit « souhaiter que les premiers services commerciaux puissent être opérationnels pour les jeux Olympiques de Pékin en 2008 », en couvrant alors un tiers de la population. Ensuite, la ministre de l'Economie « imagine un déploiement de grande envergure vers 2010 ». Selon elle, « le temps presse. Certains pays ont déjà lancé des services commerciaux. Il est indispensable que l'Europe puisse vite trouver sa place, sans quoi nous risquons de nous voir imposer les équipements et les services créés par d'autres ». Pour elle, ce projet « est aujourd'hui en passe d'aboutir. Après un temps de concertation, le temps de la décision est venu ». Elle a dit « attendre » de la TMP « des dizaines de milliers d'emplois ».
Hervé Novelli, lui, a pressé le CSA de « lancer son appel à candidatures sans tarder, et de mener la procédure de sélection aussi vite que possible ». Pour le secrétaire d'Etat aux entreprises, il y a « une demande forte des acteurs et du public » pour la TMP, qui représente « un enjeu majeur ». Selon lui, « les perspectives de marché se sont clarifiées ». Mieux, les tests ont montré que « le marché existe bel et bien » et que « les consommateurs semblent prêts à payer ». Tout juste a-t-il admis que « toutes les questions ne sont pas encore résolues ».
Un réseau onéreux à construire
La ministre de la Culture, Christine Albanel, a été encore plus dithyrambique sur la TMP, « enjeu fondamental » et « avenir de tout le secteur » de la télévision. La TMP offre de « formidables perspectives » et est « appelée à devenir un marché de masse ». Elle « devra » donc être diffusée sur tout le territoire. Résultat : « On ne pourra se contenter longtemps » des fréquences actuellement utilisées, qui ne couvrent que 30 % de la population. Ces fréquences « doivent donc être complétées par les fréquences libérées lors de l'arrêt de la diffusion analogique ».
Mais le succès d'Audimat n'est pas encore garanti pour la télé sur mobile. Hier, le cabinet Gartner a publié une étude montrant que seuls 5 % des Européens souhaitaient la regarder, contre 20 % des Asiatiques. Face à cela, le Groupement TNT, qui regroupe la plupart des chaînes gratuites de la TNT, a fait part de ses « inquiétudes sur le modèle proposé ». Il déplore que « s'éloigne » le modèle de la TNT gratuite. Notamment en raison du coût « très onéreux » du réseau « que toutes les chaînes ne pourront financer ». De plus, toutes les solutions techniques « n'ont pas été totalement explorées ». A l'étranger, la TMP « ne semble pas toujours être un succès ». Conclusion des sceptiques : avant de lancer un appel à candidatures, des « travaux complémentaires doivent être menés », notamment sur les autres technologies, les risques et les expériences étrangères.